Je suis Sophia Deshommes, psychologue de métier, je garde mon âge pour moi car je reste persuadée que ça ne veut rien dire. Je suis née dans une famille vodouisante, avec des sœurs mambo cependant j’ai très tôt pris un recule par rapport a toute religion et leurs dogmes. A l’école classique comme a la fac mes amis ont toujours voulu me ressembler. L’un pour ma force de caractère, l’autre pour mon courage et ma joie de vivre. Je suis une battante, une femme forte!
Après mes études en psychologie j’ai eu du mal à débuter, ce n’est pas facile de voir les gens venir vous confier leurs vies. Mes premier cas furent d’énormes chocs. Entre la théorie et la pratique, il y a un marge mais je ne me suis jamais attendue à autant de cruauté! Quand j’ai vu ce jeune homme débarqué dans mon petit bureau au coin de la rue, j’ai failli avoir une crise de panique, il était en loque, le visage baigné de larmes, dans ses yeux on pouvait lire le désespoir. J’ai tout de suite su qu’il n’allait pas pouvoir payer, mais ma conscience me disais qu’un seul client ne pouvait me changer le bureau et l’ameublement. Je l’ai d’abord laissé pleurer tout son saoul, combien de fois ai-je soulagé le poid des autres juste avec un sourire et des phrases apaisantes! Il avait les joues en feu ainsi que les yeux gonflés, suite aux larmes? Aux coups?
Il m’a regardé droit dans les yeux, j’ai vu cette flamme, de la misère je n’ai rien dit.
Calme, il commence: J’habite le quartier, a deux ou trois maisons de votre bureau, je ne pourrais pas vous payer, je n’ai pas besoin de conseil non plus j’ai juste besoin d’une écoute donc pas vraiment la peine de jouer les psychologues avec moi, non! Ne parlez pas écoutez moi. Je suis fils unique, mon père est mort au bout de deux années de mariage avec ma mère, je n’étais pas encore né, ma mère était orpheline et pratiquement sans famille donc elle a du se trouver un petit boulot dans un bar. Avec trois mois de grossesse, c’était déjà difficile de trouver quelque chose donc elle a sauté sur l’occasion. Le manager du bar a pincé pour elle, il a accepté sa grossesse par amour. Ils se sont installés ensemble et je suis né dans les bonnes grâces de monsieur François, trêve je vous épargne les détails! En grandissant j’ai vu les choses se changés entre mon père et ma mère, n’ayez pas l’air étonné, je l’appelais papa. Quel enfant n’aurait pas fait pareil pour un peu d’affection? Ma mère me délaissait un peu, car je ressemblais trop a mon père biologique. En plus, les bribes de conversation que je pouvais saisir entre eux tournaient toujours autour de ce problème. Cela créait plus de problème entre eux mais j’apprenais à survivre. J’ai découvert que monsieur battait ma mère, j’ai gardé le silence, c’est des histoires d’adultes me suis-je dit. Parfois il ne rentrait pas à la maison, d’autres fois il rentrait saoul, baisait ma mère comme une chienne avant de s’endormir. Après je pouvais entendre les pleurs de ma mère, rarement elle suppliait mon père de la prendre avec lui. Au départ je me suis dit qu’elle ne m’aimait pas puisqu’elle voulait me laisser seul dans ce monde hostile. Vous savez sans doute ce que c’est de tout ramener a sa petite personne, mais avec le temps et les coups, j’ai compris que sa douleur était plus grande que son amour, et qu’elle m’aimait a sa manière. Car si elle est restée c’était pour assurer mon éducation et le pain quotidien. J’ai commencé à avoir de mauvaises notes à l’école. Ce qui à amener mon beau père à me frapper aussi. Je me mis à boire et à fumer du cannabis, histoire de diminuer le stress. Je n’avais pas d’amis!
Ne parlez pas madame, vos conseils gardez les, je n’en veux pas écoutez moi.
Un jour monsieur est rentré très tard et saoul comme d’habitude, ma mère était partie à l’église dans une de ses ultimes veilles de nuit. J’ai donc payé les frais de son abus d’alcool, il m’a violé. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et me suis promis de tout déballer a ma mère des son retour. Sur cette pensée, la fatigue et les larmes m’ont aidé à dormir. Monsieur est parti au travail très tôt le lendemain, comme si de rien était. Quand ma mère est revenue, elle avait une mine défaite, un regard rempli de tristesse, une attitude de vaincue. Très souvent je fus tenter de lui demander a quoi lui servait son Dieu et ses nuits blanches à l’église, mais vous savez quoi? Elle avait son lot de cicatrices donc j’ai tout gardé pour moi, de mes remarques jusqu’au viol. Ça a continué, parfois il le faisait saoul, d’autres fois sobre mais à tout les coups je gardais le silence. Pas de remarques madame! Je suis sans le vouloir devenu un complice. Ma mère est à l’hôpital depuis maintenant trois jours suite aux coups qu’elle a reçu la dernière fois. Elle m’avait interdit de porter plainte pour agression, ce que je doute que j’aurais fait d’ailleurs pas par lâcheté rassurez-vous, mais je n’ai aucune confiance en la justice quand je vois son fonctionnement. Ma mère sort de l’hôpital cet après midi, c’est à moi d’aller la chercher. Pourquoi je suis dans cet état? Mais surtout pourquoi maintenant? J’en ai ras le bol, un trop plein d’émotions encaissées, je n’ai pas d’amis c’est pourquoi je suis venu vers vous, j’avais besoin d’être écouter. Ne vous inquiétez surtout pas, je vais bien et tout ira bien. Ces derniers temps, je me sens en paix avec moi même, la nuit dernière j’ai eu une grande conversation avec mon père biologique, après avoir été sodomiser par monsieur l’alcoolique, j’ai pleuré en invoquant mon père, en demandant son aide et dans un rêve il m’est apparu aussi beau que dans son vivant. Bien sûr ma mère m’a gardé une photo de lui que je garde toujours avec moi, tenez, regardez. Vous voyez bien la ressemblance. On a eu une longue discussion, j’ai mieux compris certaines choses, par exemple que c’était à moi de protéger ma mère et de prendre soin d’elle, que je ne suis pas responsable de tout ce qui nous arrive, que je peux soit subir soit me révolter. J’ai donc décidé de me révolter, on va commencer une nouvelle vie, une vie très différente de la première. Je vais partir maintenant, je suis désolé je ne peux pas rester il est l’heure d’aller chercher ma mère et de commencer cette nouvelle vie dont je vous parlais.
Sans me donner le temps de placer un mot, il avait disparu dans la nature. Comme quelqu’un qui n’avait jamais existé. J’ai eu d’autres cas avant lui mais jamais avec autant de douleurs, autant de tragique. Comment ai-je pu louper autant de souffrance à deux pas de moi? Il a parlé de cette nouvelle vie avec tellement de ferveur j’espère pour eux que ça marchera. Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis, je ne savais pas non plus dans quelle maison il vivait exactement, je n’étais pas dans le quartier depuis assez longtemps pour demander après lui en plus de tout ça je n’avais aucun nom. Je n’ai que son histoire, une bien triste histoire parmi tant d’autre. En tant que psychologue j’avais l’habitude avec chacun son lot d’émotions.
Trois jours après des policiers ont envahi le quartier, un incessant tohu-bohu, ils cherchaient un dénommé André. Dans un bidon ville aussi mal famé qu’ici, j’ai fini par avoir l’habitude après cinp mois que je suis établie ici. J’ai entendu des coups pas très discrets a la porte de mon bureau, j’ai demandé qui c’était, le temps d’avoir une réponse j’ai vu deux hommes en uniforme de police. Je les ai poliment salués et demander comment je pouvais leur venir en aide, celui avec la mine moins dur me lâcha sans ménagement.
« On cherche Andre, Andre Sanon. Un garçon de 17 ans qui vivait dans la maison d’à côté avec son beau-père et sa mère, les gens du quartier l’ont vu sortir d’ici pour la dernière fois. Il a assassiné son beau-père! »
JennLouve♍️PwaPlim✍🏿
20/10/19 01h28am

I love it!
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Thank you 😊
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U’r welc dear!
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Bel peinture de notre realité. Beau travail.
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Merci
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